Les risques, voie royale pour la finance


agefi_risques-royaleCette porte d’entrée pour les jeunes diplômés peut devenir une passerelle vers de nombreuses fonctions.

Par Morgane Remy, le 06/10/2016 pour L’AGEFI Hebdo


J’ai découvert le métier des risques en commençant ma carrière chez JPMorgan, tout juste sortie de l’ESCP-Europe, et je l’ai vite vu comme une opportunité. » L’avenir lui a donné raison. Lorsque, en 2006, Virginie Monteil intègre Natixis en plein déploiement de Bâle 2, qui renforce l’obligation de maîtrise des risques dans les banques, elle gagne vite en responsabilités, puis sur des fonctions transversales, jusqu’à être nommée directrice des risques opérationnels, poste qu’elle occupe aujourd’hui. « Je suis arrivée dans ce domaine un peu par hasard mais j’y suis revenue par conviction, insiste-t-elle. Dans ce métier, aucun jour ne se ressemble et notre profession est chaque jour un peu mieux reconnue. » Elle apprécie de toucher à de multiples problématiques et d’échanger avec l’ensemble des professionnels de la banque. « A présent, le ‘risk manager’ est perçu en interne comme un ‘business partner’ incontournable pour toutes les fonctions », confirme Valérie Bourmeau, directrice ressources humaines des fonctions supports de Natixis.

Une fonction devenue centrale
Nombreux sont ceux qui ont bénéficié de cette tendance au renforcement réglementaire. Quelques traumatismes en matière de fraudes ont aussi largement contribué à sensibiliser les banques, tout comme les groupes d’assurances. Les acteurs de la finance ont réalisé qu’ils pouvaient perdre des millions d’euros, voire des milliards, s’ils n’étoffaient pas rapidement ces compétences. Frédéric Alcaras, 46 ans, a su s’emparer de cette fonction lorsque celle-ci se développait fortement à la Société Générale. « J’ai réalisé 21 ans de ma carrière dans différents back-offices de la banque mais j’ai vécu un moment charnière où, grâce à mon expérience opérationnelle, j’ai eu l’occasion de travailler sur la sécurisation des chaînes de traitement des opérations de marché tout en conservant un bon niveau d’efficacité », se rappelle celui qui travaille désormais dans l’édition de logiciels dédiés aux risques. En 2008, au moment de l’affaire Kerviel, sa préoccupation concernant la sécurisation des opérations devient alors l’affaire de tous : les moyens financiers et humains alloués sont significativement accrus ; sa fonction devient centrale et sa carrière est dynamisée comme jamais. Son équipe regroupera jusqu’à 50 personnes au niveau mondial, essentiellement d’anciens opérationnels.
Dans l’assurance, la tendance est la même sous l’effet de la directive Solvabilité 2. Blaise Bourgeois, 41 ans, en a profité dans sa carrière. Après avoir pris la tête du service du management des risques du groupe Axa Vie en 2008, il rejoint, six ans plus tard, Allianz France à la fonction de directeur des risques. « Mon service encadre de plus en plus de risques, précise cet actuaire qui est aussi diplômé de l’ESCP-Europe, de l’université Paris I et de l’Ensae. Nous n’avons pas cessé de recruter depuis mon arrivée, avec une augmentation de 20 % des effectifs en deux ans. »
Si la nécessité de mettre l’accent sur la maîtrise des risques a déjà bénéficié aux financiers qui ont emprunté cette voie dans l’assurance comme dans la banque, les besoins sont encore tels que les jeunes financiers et ingénieurs d’aujourd’hui y ont, eux aussi, un avenir prometteur. Tous les acteurs recrutent activement et sont prêts à donner leurs chances aux jeunes diplômés qui s’intéressent à cette matière. « Nous recrutons autant de profils experts que de juniors, avec une première expérience d’actuaire, en assurance ou en banque, souligne Anne-Claire Vermot Desroches, directrice des ressources humaines finance, investissements, technique et produits d’Allianz France. Mais comme le secteur est très concurrentiel, nous créons aussi notre propre vivier de profils adaptés grâce aux stages et à l’alternance. » Même dans les banques de financement et d’investissement (BFI) où les recrutements externes se font au compte-gouttes, le département de gestion du risque fait figure d’exception. En parallèle, les mobilités internes jouent également un rôle important. L’enjeu : faire venir des opérationnels dans cette fonction pour qu’ils se forment aux risques durant leur parcours professionnel. Leur expertise du métier leur permet de tisser des liens avec les différents services. Ainsi, un actuaire a toute sa place dans la direction des risques de son entreprise d’assurance. Et dans les BFI, les traders sont très prisés pour leur sens de l’analyse des risques et leur réactivité. Pour certains banquiers, confrontés à des réductions d’effectifs dans les salles de marchés, il s’agit d’une véritable sortie par le haut.

Salaires revalorisés
Autre signe de la revalorisation de cette fonction, les salaires ont été revus à la hausse. Les analystes en risques de marchés sont parmi les professionnels des risques les mieux rémunérés quand ils ont déjà une expérience de trading, afin que ce métier reste attirant par rapport à ceux du front-office (voir le tableau). « Mais c’est bien l’ensemble des ‘risk managers’ qui sont aujourd’hui choyés, rappelle Marie Clark, du cabinet de chasse de têtes Vendôme Associés. Experts transversaux et polyvalents, leur rémunération n’a cessé d’augmenter ces dernières années. » Surtout, il y a une tension telle des recrutements que les salaires progressent encore, pouvant atteindre plus de 80.000 euros brut pour un profil doté de plus de dix ans d’expérience. Cependant, le rattrapage suit encore son cours. « La partie variable reste, en proportion, encore inférieure aux métiers du front-office », nuance la chasseuse de têtes. Malgré des bonus plus faibles, ces métiers demeurent attractifs et jouent le rôle de propulseur dans un parcours professionnel. Certains jeunes diplômés utilisent le risk management comme une porte d’entrée dans la banque, qui devient ensuite une passerelle vers le front-office. Dans l’assurance, c’est encore différent : le risque étant le cœur du métier, les analystes du risque sont désormais aussi bien rémunérés que les actuaires. Et les parts variables pour les cadres dirigeants dans cette fonction, liée directement à la direction générale, sont conséquents. Leurs bonus varient de 40 % à 80 %, en fonction de l’étendue des risques qu’ils couvrent. Mais surtout, que ce soit pour les profils juniors ou les directeurs des risques, les possibilités d’évolution sont multiples. Les professionnels qui passent d’une entreprise à une autre arrivent souvent à augmenter leur salaire de 10 % à 15 %. En interne, les employeurs ne peuvent pas toujours s’aligner, mais ils s’efforcent de favoriser la mobilité interne pour retenir ces profils-clés. Beaucoup évoluent donc à des postes opérationnels, à l’international, ou prennent la tête de filiales au sein des groupes.

En constante évolution, le métier est intrinsèquement porteur d’opportunités. « Nous travaillons beaucoup sur les ‘big data’ pour estimer mais aussi anticiper les risques, souligne Blaise Bourgeois. Or, comme le traitement des données est de plus en plus central au sein des compagnies d’assurances, les opportunités d’évolution se multiplient. » Le numérique apporte son lot de menaces pour les banques et les assurances. Les cyberattaques, les fraudes aux faux virements dans un environnement « digital » ou encore les risques de perte de données occupent une grande partie du temps des risk managers. « C’est aussi ce que j’aime dans ce métier : il faut toujours anticiper les nouvelles tendances, appréhender leurs risques, sans en limiter les opportunités », note Marie-Elise Lorin, 44 ans, risk manager au sein de SMACL Assurances. Nul doute que les nouveaux risques, dans un monde de plus en plus connecté, devraient continuer à maintenir ces professionnels en éveil. Et les pousser à peaufiner des compétences rares et recherchées sur le marché.

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