"Redonner du sens à la finance"


Sylvain Dorget parle à ESCP Europe Magazine.

 

“Comment vont évoluer les métiers de la finance et en particulier les métiers des traders ? Leurs rémunérations sont-elles remises en cause ? Leurs bonus ? Quelques questions auxquelles Sylvain, Consultant, spécialiste des aspects Carrière/Rémunérations, répond.

 

 

« Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage » expliquait déjà au 13ème siècle la sagesse populaire. Autres temps, autres mœurs, ce sont désormais les banquiers que l’on voue aux gémonies. Pour autant, la banque d’investissement reste toujours aussi attractive et la sélectivité forte. Plusieurs éléments l’expliquent : la variété des métiers, leurs niveau d’exigence et les rémunérations.

 

 VARIETE DU METIER

 L’actualité a placé la salle des marches sous les feux de la rampe, et tout particulièrement les métiers dit du « front office » : de la vente au trading en passant par la structuration et l’analyse quantitative. Les vendeurs recueillent le besoin des clients et vendent les produits conçus pour y répondre. Les « quants » développent des outils mathématiques permettant d’évaluer les produits et gérer les risques associés. Les structureurs créent les produits, les « pricent », et accompagnent les vendeurs dans la démarche commerciale. Les traders (pour compte de tiers) exécutent les transactions sur les marchés, et assurent en particulier la couverture des produits. Les traders pour compte propre, catégorie à part, utilisent le bilan de la banque pour en optimiser le profit.

 

 NIVEAU D’EXIGENCE ELEVE

 Afin de satisfaire le double objectif de génération de marge  pour la banque comme pour les clients, un niveau élevé d’exigence et d’expertise est requis. La fiance de marché a ainsi été mathématisée et informatisée avec pour conséquence une sur représentation des profils d’ingénieurs au niveau des fonctions techniques. La forte spécialisation des opérateurs au sein des banques – par type de clientèle et par type de produit financier (dont les fameux produits dérivés/structurés) – a encore haussé ce niveau d’exigence.

Si le challenge mathématique lié à la technicité des produits financiers a pu guider certains choix de carrière pour les profils d’ingénieurs, le retour à des produits dont la structuration se simplifie réduit leur attrait pour le métier, qui devient plus commercial. La rémunération reste néanmoins un levier d’attractivité important.

 

 REMUNERATION ATTRACTIVE

 Le niveau élevé des bonus des banquiers a marqué les esprits depuis deux ans. Outre qu’ils sont le corolaire d’une expertise (géographique/clientèle/produit) qui ne trouve parfois pas son équivalent à l’échelle planétaire, il convient de rappeler qu’ils ont été fortement revus à la baisse et encadrés. Les commissions versées aux vendeurs sont lisibles et plutôt bien acceptées. La rétribution des traders, calculées en fonction de leur contribution à la génération de marge, est en revanche considérée comme choquante par certains, compte tenu de la réalité économique et sociale, mais aussi des résultats d’ensemble d’une banque. Désormais, un établissement ne peut plus verser des bonus démesurés lors qu’il génère des pertes. Par ailleurs, afin d’assurer l’intéressement à long terme des acteurs, les bonus ne sera intégralement libéré qu’une fois celles-ci débouclées, sans compter le paiement des bonus en actions pour une part de plus en plus importante.

 

 DES NOUVELLES CONTRAINTES REGLEMENTAIRES

 Crise après crise, la finance a toujours su rebondir, notamment sur les marchés financiers, environnement dynamique par excellence. La migration des traders pour compte propre vers la gestion d’actifs est un exemple récent de réponse pragmatique à la contrainte réglementaire. La banque est en perpétuelle évolution et les profils qui la rejoignent chaque année sont de mieux en mieux formés. Les salaires ont attiré des talents vers le front office, au détriment du contrôle et du risque. Cette tendance est désormais en cours de rééquilibrage. L’affaire Kerviel a rappelé que la Roche Tarpéienne n’a jamais été aussi proche du Capitole…”

 

ESCP Europe Magazine – Numéro134 Janvier 2011