L’analyse crédit, un métier-tremplin


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Sortie de l’ombre, la profession est désormais plus séduisante. Avec, à la clé, des salaires revalorisés et des carrières dynamiques.
Par Morgane Remy le 07/01/2016 pour L’AGEFI Hebdo.


La chasse aux talents est ouverte chez les analystes crédit ! Qui aurait parié sur un tel phénomène il y a encore quelques années ? « Les analystes crédit expérimentés, notamment ceux spécialisés dans le ‘high yield’, sont très recherchés, confirme Denis Marcadet, fondateur du cabinet de chasse de têtes Vendôme Associés. J’observe une forte tension sur ce métier depuis deux ou trois ans. » Pourtant, cette profession est relativement jeune dans l’univers de la finance. « En 2000, quand je l’ai découverte à l’occasion d’une rencontre organisée par mon école avec un analyste crédit obligataire, le métier venait d’émerger », se souvient Yasmina Serghini, 36 ans, actuellement vice president senior credit officer chez Moody’s.
Pendant très longtemps, les analystes crédit sont restés dans l’ombre des analystes financiers dédiés au haut de bilan. Cette hiérarchie s’est aujourd’hui inversée. « Depuis quelques années, des analystes actions poursuivent volontiers leur carrière dans le crédit », relève Christian Vivet, 40 ans, responsable des analystes crédit corporate chez Axa Investment Managers. Les raisons de ce revirement ? Comme l’accès aux crédits bancaires demeure restreint par Bâle 3, les entreprises ont de plus en plus recours aux marchés, notamment grâce à des émissions obligataires, pour se financer. Dans un contexte de taux directeurs historiquement bas, les investisseurs sont aussi de plus en plus nombreux à se positionner sur des titres de dette. Ce qui a conduit leurs sociétés de gestion à s’intéresser à de nouvelles classes d’actifs : obligations à haut rendement (high yield), fonds dédiés au financement crédit de PME et ETI (Novo et Micaco), placements privés (EuroPP)… Et pour bien appréhender ces nouveaux véhicules d’investissements, elles ont dû recruter des experts.

agefi_070116_1379412_17Fidéliser les talents
Aux côtés des banques de financement et d’investissement, des agences de notation et des grands assureurs-crédit, de nouveaux employeurs sont arrivés sur le marché, faisant des analystes crédit… une denrée rare. Conséquence logique, leurs salaires ont bénéficié d’une orientation favorable. « En cinq ans, une revalorisation des bases fixes d’environ 20 % a été enregistrée », constate Denis Marcadet. Un professionnel de huit à quinze ans d’expérience peut désormais prétendre à un salaire fixe annuel situé entre 70.000 et 110.000 euros, auquel s’ajoute une part variable, elle-même en hausse. « Les bonus varient beaucoup d’une entreprise à l’autre, allant de 15 % à 50 % de la base fixe », ajoute le chasseur de têtes. Toutes les entreprises cherchent à fidéliser leurs analystes crédit tandis que la « valeur » de ces derniers dépend de leur niveau d’expertise et d’expérience. Par exemple, un analyste crédit d’une ancienneté de sept ans dans le métier percevait, chez un grand acteur de la gestion d’actifs, un salaire annuel de base de 72.000 euros, complété par 25.000 euros de bonus. « Chez chacun de mes employeurs, la progression salariale était la norme », confirme sous couvert d’anonymat l’analyste en question, qui a pu encore faire évoluer sa rémunération en changeant d’entreprise.
Reste qu’une augmentation salariale ne suffit pas à retenir les talents. Les analystes crédit peuvent non seulement décrocher facilement des salaires plus élevés en bougeant, mais de plus ils ont, en règle générale, un penchant pour la nouveauté : la curiosité intellectuelle est un trait de caractère commun à l’ensemble de ces financiers. « Un des aspects les plus plaisants de mon métier est d’approfondir ma connaissance de l’économie et de découvrir de nouveaux secteurs au contact des dirigeants des entreprises que nous étudions », explique Marie Fischer-Sabatié, 40 ans, senior vice president chez Moody’s. Pour satisfaire cette curiosité, les grands groupes ont mis en place des parcours dynamiques pour l’ensemble des carrières, des profils plus juniors aux plus seniors. Le plus simple est souvent de changer de secteur. Marie Fischer-Sabatié a travaillé sur la grande-distribution et l’industrie pharmaceutique avant de couvrir le transport maritime. Le mouvement évite alors la monotonie. Il évite aussi à ces arbitres de « s’habituer » au risque et leur permet de garder du recul sur chacun de leur dossier. Autre attrait pour ces techniciens : dans ce métier basé sur l’expertise, les plus expérimentés deviennent naturellement formateurs des plus jeunes. « Si l’analyse financière est importante, il est essentiel de savoir expliquer à l’entreprise cliente sa décision de manière argumentée, affirme Christel Rougier, directrice de l’arbitrage pour l’Europe de l’Ouest chez Coface. Je recrute des juniors capables d’écouter les clients, puis je les forme au monitoring des risques secteurs et pays. » Cette culture de formation interne est présente chez tous les employeurs d’analystes crédit. Les jeunes financiers peuvent être parrainés par des seniors, comme cela se fait pour l’audit externe, et capitaliser ensuite sur cet apprentissage pour dynamiser la suite de leur carrière.
Les analystes crédit accèdent souvent et rapidement à des responsabilités. Laura Brosseau, 31 ans, a rejoint l’assureur-crédit Atradius en 2010. D’abord arbitre junior, elle pouvait se positionner sur des demandes d’encours allant jusqu’à …

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Représentation féminine
Elément notable, la profession est, à l’inverse d’autres fonctions opérationnelles dans la finance, féminisée. Une situation liée à la nature de l’activité, perçue comme moins agressive pour les femmes que le trading où les hommes dominent largement. Ce choix de carrière a d’ailleurs été pertinent puisqu’il a mené des représentantes du sexe féminin vers des postes à responsabilité. Ainsi, Myriam Durand, aujourd’hui directrice générale de Moody’s France, avait été recrutée à l’origine par l’agence de notation comme analyste crédit, tout comme Carol Sirou qui a ensuite été présidente de Standard & Poor’s France, avant d’être nommée, fin 2014, responsable du programme mondial de gestion de risque, à New York. Chez Aurel BGC, Gabriella Serres est, depuis un an, responsable de la recherche crédit après avoir été analyste crédit, tandis que Marie-Pierre Peillon, directrice de la recherche chez Groupama Asset Management l’a été, elle aussi, au cours de sa trajectoire professionnelle. Il faut croire que, parmi ses différents avantages, ce métier offre aussi celui de briser le plafond de verre.

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