“Travailler plus pour gagner moins : la face cachée des promotions en banque d’investissement”


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Travailler plus pour gagner moins : la face cachée des promotions en banque d’investissement

Par Sarah Butcher et Thierry Iochem, eFinancialCareers.fr le 5 Février 2013.


Face à la stagnation des revenus et au gel des rémunérations fixes, les grandes banques d’investissement semblent désireuses de se séparer de leurs managing directors et confier davantage de responsabilités aux banquiers du niveau hiérarchique inférieur, en l’occurrence les VP ou vice-presidents dans le jargon de l’investment banking. Sauf que ces derniers ne seraient pas davantage payés pour les efforts qui leur sont demandés. “Lors des cycles précédents, le sentiment a toujours été que les banques se séparaient d’un grand nombre de juniors tout en préservant les seniors ”, explique James Chappell, analyste chez Berenberg à Londres. Vu le niveau élevé des salaires des managing directors, les banques sont davantage sous pression pour se séparer de ces derniers au profit de juniors et de middle-managers talentueux”.

 ”Les banques de Wall Street sont entrées dans un processus de ‘remplacement de génération’ qui consiste à promouvoir des juniors sans les payer davantage”, explique Brad Hintz, analyste chez Bernstein Research (Reuters). Conséquence de cette stratégie : une banque comme Morgan Stanley vient d’annoncer la nomination de seulement 144 nouveaux managing directors pour 2013, contre 250 les autres années. “Les banques donnent plus de visibilité aux VP parce qu’ils sont moins chers”, explique Ahmed Zaki, directeur chez Financial Search Limited spécialisé dans les postes en front-office. Et de rappeler que dans les grandes banques les managing directors sont rémunérés sur une base annuelle moyenne de £ 300k (350 k€) à Londres.

Pas que des avantages

Néanmoins avec cette pratique, les banques prennent le risque de faire fuir certains clients. Selon le Financial Times, des clients commenceraient à introduire des clauses spécifiant la présence d’hommes clés” dans les contrats de M&A, s’assurant ainsi que leur interlocuteur senior ne disparaisse pas avant l’exécution finale de la transaction. “Le risque de perdre une certaine expérience et des relations d’affaires est bien réelle, mais certaines banques peuvent considérer que l’équipe junior nouvellement installée aura le temps de reconstruire des relations avant qu’elles ne se dégradent”, fait remarquer James Cappell.

Outre des économies pour la banque, le fait de promouvoir des banquiers juniors peut parfois permettre de résoudre des problèmes de management. “Peut-être est-ce le moment de se séparer d’un vice-président réputé difficile à vivre plutôt que d’une équipe de banquiers juniors M&A ?”, s’interrogeait récemment dans nos colonnes un banquier qui a travaillé dans les fusions & acquisitions.

Surtout, les banques d’investissement auraient tort de se priver, sachant que par les temps qui courent, les collaborateurs sont plus frileux pourpasser à la concurrence. “Les salariés insatisfaits de leur rémunération ne changent pas de poste pour autant !”, rappelle Philippe Burger, Associé responsable du département Rémunération et Avantages Sociaux chez Deloitte, à l’occasion d’une étude publiée auprès d’un panel de près de 5 500 décideurs français. Sans compter que “les VP restent relativement bien rémunérés par rapport à de nombreux autres banquiers qui se situent à un niveau hiérarchique inférieur”, nous confie un recruteur parisien qui se refuse à les plaindre.

La France pas ou peu concernée

Des chasseurs de têtes londoniens indiquent que cette stratégie visant à remplacer des MD par des VPs est surtout utilisée dans les métiers actions qui ont annoncé des licenciements agressifs l’an dernier. “Je veux bien admettre qu’à un instant t, une classe d’actif puisse être amenée à changer la relation commerciale qu’elle entretient avec ses clients, notamment dans les dérivés actions qui n’ont pas franchement brillé en 2012, ou bien réajuster les salaires comme l’ont fait ces dernières années les banques conseil dans le cadre de la refonte de l’organisation des métiers coverage, explique Denis Marcadet, président et fondateur du cabinet Vendôme Associés. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille remplacer les managing directors par des vice-presidents : on ne peut pas faire d’un cas particulier une généralité, d’autant plus qu’il existe des fonctions intermédiaires comme director ou executive director ! Cette pratique ne s’applique en tout cas pas au marché français où l’organisation métier n’est pas la même”.

Cependant, nous constatons bien l’émergence des mobilités internes en cette période de tensions économiques où l’accent est mis sur la réduction des coûts. Si l’on vous propose une promotion, acceptez le défi : ce peut-être une vraie opportunité professionnelle. Encore vous faudra t-il faire vos preuves avant de négocier une quelconque augmentation de salaire!”, conclut Denis Marcadet.

 

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